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13/09/2010

Johnny Hallyday Et «La scène qui se meut»

johnny hallyday,dome de marseille,tournée hallyday 1995,onde latine,itw johnny hallyday,erick bamy,philippe sage,radiostoryPourquoi est-on soudainement joyeux et terriblement excité quand on vous annonce que vous allez interviewer Johnny Hallyday, alors que vous n’avez pas un seul disque, pas la moindre chanson de lui dans votre abondante discothèque ? Car oui, c’est ainsi, je ne possède rien de rien de Johnny tout en connaissant, cependant, son parcours, ses titres principaux et plus encore ; même que, tiens ! j’aime plutôt bien, enfin j’ai une tendresse pour J’ai Oublié De Vivre (un peu-beaucoup copiée sur le Everybody's Talkin' de Fred Neil & Harry Nilsson) mais de là à en faire l’emplette, non. Pas même le télécharger. 

Or donc, ce lundi 6 novembre 1995, j’étais joyeux, excité, mais itou, tremblant de trac. J’allais rencontrer une pure légende (oh si, tout de même, un peu ...) Johnny Hallyday en personne !

Il donnait concert, le soir même, au Dôme de Marseille, ce « tonneau » comme le surnommait Francis Cabrel, ce qui n’est pas faux, tant l’acoustique du site est épouvantable, à ce point qu’on lui refusa, et à juste titre, l’appellation Zénith.

L’entretien était prévu dans sa loge et ne devait pas dépasser le quart d’heure.
Un journaliste m’accompagnait, flanqué d’un Nagra.

Nous fûmes accueillis par l’inévitable attaché de presse, cet hystérique gesticulant dans tous les sens, et un service d’ordre musclé l’oreillette aux aguets. On nous demanda de patienter dans un espace grouillant de monde médiatique en nous assurant que Johnny nous recevrait dans quelques « petites minutes ».

Dans cet espace bavassant nous pouvions entendre les répétitions communément nommées balances, ce moment épuisant, pour ne pas dire chiantissime, destiné à régler au cordeau le son de chaque instrument ainsi que celui de la voix. Car il y avait bien une voix ; elle chantait Que Je T’Aime, mais ce n’était pas celle de Johnny, mais celle d’Erick Bamy, sa « doublure » officielle, absolument parfaite, confondante.
On nous chuchota qu’il était rare que Johnny se prêtât à l’exercice.

Les « petites minutes » s’égrenèrent jusqu'à passer allégrement la « grosse demi-heure ». Nous tuions le temps à grand renfort de cigarettes et mauvais cafés.
Enfin, on vint nous chercher puis, à travers une foule de personnages empressés, galopants et piaillants, nous slalomèrent jusqu'à la loge de Johnny. 
Et c'est intimidés, que nous pénétrèrent dans l'antre de la star.

Il était immense et concentré dans un canapé blanc, un téléphone, blanc lui aussi, vissé à l’oreille. Sur une table basse, patientait un bol de soupe.
D’un geste de la main, rapide, Johnny nous invita à prendre place. Ce que nous fîmes le laissant poursuivre sa conversation téléphonique qu’il ponctuait de « Ouais … Ouais .. OK … Ouais ! »
Quand il reposa le combiné, direct, il nous dit :

- Pffff … C’est cher un bateau !

Que voulez-vous répondre à ça, sinon, un tantinet hébété : « Ben... Oui »  !

En même temps ce « Pffff … C’est cher un bateau » nous confirma d’emblée qu’il n’y avait pas la moindre erreur sur le produit : oui, c'était bien Lui, le Vrai, le Seul, l'Unique : Johnny ! Qui d’autre en effet, sinon un Van Damme ou un (Jean-Luc) Lahaye, aurait pu nous sortir une phrase pareille ?

Ben oui, Johnny, c’est cher un bateau... Mais comment aurait-il pu en avoir conscience, puisque l’argent, il ne sait pas vraiment ce que c’est, n’en connaît ni le prix, ni la valeur. Ce n’est pas lui qui s’en occupe. Jamais. D’autres le font à sa place. Depuis toujours.
Quand on sait ça, juste ça, c’est déjà beaucoup.

Bref.

L’entretien commence. Il était exclu, vu le temps imparti, que nous finassions avec des questions d’ordre philosophique en abordant, par exemple, les thèmes (récurrents) de ses chansons, ce qu’on y devinait entre les lignes. De toutes les façons ce n’était pas ce qu’attendait l’auditeur lambda d’Onde Latine. Lui, il voulait juste entendre Johnny.

J’allai donc au plus simple avec des questions « bateaux » - mais pas aussi chères que celui qu’il convoitait – des questions portant principalement sur le concert du soir. Je lui fis notamment remarquer que ce Dôme marseillais, ma foi, ce n’était pas, loin s'en fallait, le Palais Omnisport de Bercy. Ne serait-ce qu'en matière de superficie. De fait, comment s'y prenait-il pour nous proposer le même spectacle qu’à Paris qu’était si riche en effets spéciaux, éclairages et moult gigantisme ? 

Johnny, après un temps de réflexion, m’expliqua que, malgré ce problème de m², ce serait bien (à quelques détails près) le même spectacle qu'il offrirait ce soir aux marseillais, et que, si pareille prouesse était possible, c’est parce que la scène, celle que les roadies trimballaient de ville en ville, était : « movible ».

Un silence suivit ce mot : movible. Un silence aussi court qu'intense. Assez pour qu’il se passa une foule de choses. Comme, pêle-mêle :

Tout faire pour oublier ce mot, movible.
En même temps, ne pas arriver à l’oublier.
Lutter contre un rire nerveux qu'on sentait, le salaud, nous saisir.
Réprimer ce rire en pensant à des trucs tristes : un chien abandonné, une saisie sur salaire, ma mère, bref, n’importe quoi pourvu que ce putain de rire n'explose aux éclats.

Ça dure rien du tout, un quart de seconde, mais c’est une vraie bataille, j’vous assure.
Une bataille que règla Johnny.

Car, et c’est là toute la beauté de ce moment, il se rendit compte, quasi instantanément, qu’il venait d’inventer un mot ; et en eût (sans doute) la confirmation dans nos regards aussi interloqués que trahis par ce rire que nous contenions.
Soucieux de l’effacer, ce drôle de mot, de la bande-son qui tournait, il précisa :

- Euh .. Enfin, je veux dire que la scène .. Enfin... C’est une scène qui se meut, quoi !

Une scène qui se meut !
J’étais véritablement sur le cul. Je crois même avoir pensé :
« La vache ! »
Mais ne l’ai point dit.

Rien que pour ça, le « movible » et sa définition « c’est une scène qui se meut », je n’étais pas mécontent, ah ça non ! d’avoir enfin rencontré cet homme que tant d’autres aimeraient toucher, agripper, embrasser.

Et si ce « movible » habilla bien des soirées entre potes et autres, il ne passa jamais le cap de la diffusion-antenne. Car je l'ôtai de la bande-son pour ne garder que la « scène qui se meut ».

Jusqu'à ce jour, où me dis-je, il y a prescription. D'autant plus que ça ne relève que de la petite et gentillette anecdote. Qu'elle n'est en rien fracassante, pas plus qu'embarrassante. Ni pour lui, ni pour personne.   

09/03/2010

"Il est fainéant, il travaille pas ses chansons .."

Jean-Jacques Goldman.jpgIl paraît qu'en matière d'interview, Jean-Jacques Goldman ne serait pas un "bon client". Pas vraiment prolixe, le garçon, du genre méfiant. Alors quand en plus, l'entretien est prévu en duplex, on balise un peu. Il manquera le regard, quelques gestes, pour apprécier ses réactions, rebondir, dévier, revenir.
Mais la radio étant un média sonore, au fond, quelle importance ? D'autant plus que dans la voix, les intonations, les silences, passent autant de regards, de gestes et de réactions.

Or donc, en mai 1995, Jean-Jacques Goldman accepte de donner une interview pour Onde Latine. Lui à Paris. Nous à Marseille. Il termine alors une tournée acoustique, originale, nommée "La Tournée des Campagnes" [18 mai/7 juin 1995]. Ce sera sa dernière avec Carole Frédéricks et Michael Jones. Avant de repartir en solo avec l'album "En Passant" (1997).

Voici un court condensé de cet entretien, où l'on évoque cette fameuse tournée qui passera par la salle polyvalente de Turretot (Seine-Maritime), l'Espace Jean Monnet de Bourbourg (Nord) ou encore la Halle d'Astaffort (Lot-et-Garonne) ; l'album "D'Eux" de Céline Dion, ses dernières séances en studio avec Johnny Hallyday, et l'utilisation d'un pseudo (Sam Brewski) quand il signe certaines chansons.

L'introduction musicale à base de témoignages d'auditeurs est signée Thierry Land.


podcast


Onde Latine - ITW Jean-Jacques Goldman - Mai 1995 - Philippe Sage/Thierry Land

03/05/2008

"... J'Suis Toujours Aussi Jeune, Mais Ça S'Voit Moins ! .."

Jonasz ... Dans Le Bonheur !

De 1992 jusqu'à sa mort, je travaillai pour Onde Latine, un mini-réseau de chansons françaises, réseau FM qui émettait de Perpignan jusqu'à Menton.

Au début installée en périphérie d'
Aix-en-Provence, aux Milles, Onde Latine déménagea - ça c'est un truc qui me poursuit les déménagements, mais ... laisse tomber la neige ! - à Marseille, Quai de la Joliette.
Un truc énorme !
Tu bosses et une fois que t'as fini ton taf, hop-là, tu t'envoies un rosé bien frais sur la plage et plonges dans la Méditerranée ..
Et c'est là que tu t'dis qu'faut vraiment être un cagol de catégorie une pour avoir envie d'y retourner, te crever la couenne ... à Paris !

Enfin-bon-bref, hormis
Michel Sardou et Eddy Mitchell, ils sont tou(te)s venus nous accorder un entretien.
Johnny Hallyday compris.

L'Idole Price

Alors lui, jamais j'oublierai.

C'qui est ballot, c'est que le son, je l'ai paumé.

Déjà quand je l'ai vu, voûté, immense - et quand bien même je ne suis pas totalement client de son répertoire - je l'ai trouvé vraiment impressionnant : il m'a donné l'impression d'un vieux lion solitaire.
Mais un vieux lion à qui on ne la fait pas.
Et pourtant, en le voyant, l'observant déambuler, on sent comme une faille, ou une fatigue, on s'dit que tiens, v'là un type embringué dans une histoire qui, parfois, le dépasserait, mais qui ne saurait accepter de s'en défaire, parce que c'est trop tard, il ne saurait vivre autrement.

Et c'est pourquoi, ma chanson préférée du Johnny reste :
"
J'Ai Oublié De Vivre".
Non parce qu'elle est super géniale au niveau du texte et de la musique, quand même pas -
faut dire que ça sent le Barbelivien à plein nez cette histoire - mais parce qu'elle est vraie, authentique ; elle colle à merveille au personnage.

Mais où en étais-je ?

Ah oui, je vois donc la bête, elle me salue, me dit que l'entretien aura lieu dans sa loge, celle du Dôme de Marseille, et m'invite à l'y rejoindre dans cinq minutes, le temps de manger une soupe.

Ben ouais, avant un concert, Johnny s'envoie une soupe ! - il en a chanté pas mal, aussi ..

Un bon quart d'heure s'écoule avant qu'on ne vienne me chercher et m'introduise dans la fameuse loge où Johnny est pendu au bout du fil.
Il me fait signe de m'asseoir tout en poursuivant sa conversation.
Enfin, il raccroche, me regarde et me dit :

"Pffff ... C'est cher un bateau, hein !"

Qu'est-ce que tu veux répondre à ça ?
Tu peux rien dire ..

L'entretien commence, et je lui fais remarquer que sur cette scène Marseillaise, il ne pourra donner le même show pyrotechnique qu'à Paris, vu qu'il n'y a pas la place pour.
Et là, Johnny me répond que oui, mais qu'avec son équipe il a tout prévu, qu'en fait il se déplace avec une scène ...

... movible !

Là, tu ne ris surtout pas, faut pas, tu te retiens comme tu peux, juste tu hésites tout de même à le reprendre, te demandant comment tu vas couper ça au montage, genre lui faire remarquer que le terme "movible" n'existe pas, mais finalement tu laisses filer, style j'ai rien entendu, sauf que lui, il s'est rendu compte qu'il venait de créer un mot nouveau, et s'en rendant compte, il rattrape le coup en expliquant qu'une scène "movible" c'est une scène qui ..

... se meut.

Et là, j'n'ai pas pu m'empêcher de m'exclamer :
"La vache !"

Un grand moment.
Inoubliable.
Dommage de l'avoir paumé ce son-là.

Ce qui est curieux, c'est que souvent ce sont les artistes dont tu n'attends rien qui te surprennent le plus, et plutôt agréablement
(Francis Lalanne) et ceux dont tu attends beaucoup, parce que tu es fan, respectueux ou admiratif du parcours, qui auraient tendance à te décevoir cruellement (Charles Aznavour).

Y'a aussi des images qui te marquent à jamais, comme
Lara Fabian engoncée dans une robe en éponge de couleur orange (un vêtement ... movible ?) ou l'arrivée dans les studios de Fun Radio Paris de Vanessa Paradis, où là, tout le monde se retrouve bouche bée, qu'il y aurait comme un ange qui passe, tu comprends pas trop c'qui t'arrive : mais comment expliquer la lumière, y mettre des mots, ceux qui conviendraient ?

Et puis, y'a les artistes que tu ne voies pas, parce qu'ils sont à Paris, toi à Marseille, et l'entretien se fait ainsi, en duplex.
C'est frustrant, parce que les regards (qu'on échange) lors d'une interview sont toujours primordiaux, ils peuvent induire des questions auxquelles tu n'avais pas songées.
Or donc, en duplex, tu ne fonctionnes qu'à l'oreille, guettant les silences, les respirations, les soupirs, ce sont eux que tu traduis en regards, et alors, vient une autre question.

Comme avec
Michel Jonasz, par exemple, en duplex, le 8 janvier 1997 ...
Il venait présenter son nouvel album : "
Soul Music Airlines".


podcast


ITW Michel Jonasz
Onde Latine
8 Janvier 1997
Réalisateur : Maxime Airoldi
Introduction :
Thierry Land
Poseur De Question : Philippe Sage

16:31 Publié dans ITW | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : onde latine, interview, johnny hallyday, michel jonasz, vanessa paradis | | | |

 
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