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12/05/2010

Monseigneur Elkabbach [Eldoradio/Brouhaha & Friends]

Pour la deuxième fois, voici Eldoradio sur Brouhaha & Friends, en rappelant pour ceusses qui s'intéressent à l'histoire de la radio, que je vous invite fortement et très aimablement à découvrir ce site, où donc, quotidiennement, je chronique, un site nommé : Eldoradio. L'inscription est gratuite [Ici].
Ajouter que, Eldoradio c'est aussi une application, une page Facebook, un fil Twitter.

Alors pourquoi ce "son"-ci ?
Parce que, au moment où la "zone euro" connaît moult turbulences (et ça n'est pas fini ..) il est fort intéressant, ma foi, de retrouver, en septembre 1992, Jean-Pierre Elkabbach asticotant Mgr Lustiger et sur quel sujet ? .. Eh ben, l'Europe, pardi ! Celle toute naissante de Maastricht. Oui, là où il fut décidé de la future monnaie unique, celle qui actuellement est en grandes difficultés. Et dont "on prie" pour qu'elle s'en sorte. Et nous avec ..



1992-Europe 1 Elkabach.jpgOr donc, le pape de l'entretien. The best. Jean-Pierre Elkabbach. L'homme qu'accompagne Nicolas Sarkozy dans la plupart de ses déplacements à l'étranger (dernièrement en Chine).
Bref, un journaliste indépendant.

Il est incontestable, ceci dit, que Jean-Pierre Elkabbach est un maître en la matière, celui de l'échange, du ping et du pong, même que, j'irais jusqu'à dire que voilà l'un de nos meilleurs pongistes oral (son entrée en matière, ci-jointe, est un modèle du genre avec dans son liminaire, un "Mgr Lustiger bonjour ..." placé magnifiquement) Sauf que ..

... Sauf que, de là à prétendre ceci :
"En recherchant la vérité, j'ai souvent trouvé des ennemis" (notre photo) faut quand même avoir une grande, une énorme, image (ou estime) de soi.
Oh, ce n'est pas tant dans le fait d'affirmer qu'il est, via un entretien, à la recherche de la vérité, ma foi, ça se défend, encore que, si vous me le permettez, ça se discute. Oui, ça se discute car : qu'est-ce que LA vérité ? Qui peut oser affirmer la détenir, ou la connaître (à part Raymond Domenech ..) quand bien même fut-il journaliste et dans le secret des alcôves ?

Mais passons.

La suite est autrement croustillante. Rappelons-là, elle le mérite :
"(...) j'ai souvent trouvé des ennemis".
Ah, voilà qui est extraordinaire !
Qu'entend-on, à prime abord ?
Qu'en recherchant "la" vérité, Jean-Pierre Elkabbach s'est fait des ennemis. Première lecture.
Pourquoi pas ?
Ne fut-il pas mis sur la touche au lendemain du 10 mai 1981 ? (d'ailleurs, je te l'avoue, ce n'est pas non plus un fait de je ne sais quel hasard, si cette chronique tombe un surlendemain dudit 10 mai ..)
Mais, n'y a-t-il pas une autre lecture, et c'est là, l'extraordinaire, car on peut, aussi, sous-lire ceci :
"En recherchant la vérité, j'ai souvent trouvé des ennemis .. de la vérité".

Troisième lecture (mais c'est pour galéjer) Jean-Pierre Elkabbach dit la vérité, or donc, il est exécutable. Ou, si vous préférez, il se met en danger. Pour nous.
Quel brave homme ce Jean-Pierre. Non ?

Bref.

Notre pape de l'interview, ce 28 septembre 1992, reçoit sur Europe 1, 8h32, Mgr Lustiger [*], alors archevêque de Paris.
Pour quelles raisons ?
Apparemment, une seule : l'Eglise est bien silencieuse, dis-donc. Pourtant, on "génocide" en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. On se noie à Vaison-la-Romaine (37 morts et 4 disparus, le 22 septembre). On se meurt de tout, en Afrique.
Comment ?
J'en cite trois et j'aurais écrit "apparemment une seule" ?
C'est exact.
Car en fait (ou : en vérité) l'entretien, très habilement mené par Jean-Pierre Elkabbach va, surtout, tourner autour de l'Europe, et plus particulièrement du Traité de Maastricht qui vient d'être approuvé par le peuple français (le 20 septembre) à 13 165 475 voix contre 12 626 700 (et 30,30% d'abstention).
N'allez pas croire que je sous-entendrais qu'il y aurait là, hic, dans une République laïque .. Du tout. Mais tout de même, il y a sous-jacent, un rappel : l'Europe n'aurait-elle pas des racines chrétiennes, alors, monseigneur, pourquoi ne pas les faire valoir ? Hein ? Pourquoi "ce silence" ?

Et puis aussi, au moment où trois "signataires" de ce Traité, la Grèce, l'Espagne, le Portugal sont en grandes difficultés, il me semblait que cet entretien vieux de 19 ans (où la future monnaie ne se nommait pas encore l'euro, mais l'écu - sauf que la Grèce a plus "l'écu" entre deux chaises qu'autre chose), pouvait être, à certains égards, éclairant.
Ou pas.


podcast


[*] Aron Jean-Marie Lustiger est mort le 5 août 2007. Son successeur (qui porte, curieusement, le nom d'un pape) est André Vingt-Trois.
Autre précision : le père Alain de la Morandais désigné, en 1992, par Mgr Lustiger, aumônier des politiques, sera "écarté" par le même Lustiger, en 1995, pour cause de trop grande proximité (très affichée) avec le "candidat" Edouard Balladur.

05/05/2010

Campus, Léo Ferré [Eldoradio/Brouhaha & Friends]

"Moi, j'suis de la terre  ... Mais, qui j'suis ? .. Ça, j'sais pas .. C'est vous qui allez me l'dire !" ... Ainsi parle Ferré. Au "docteur". Celui de Campus. Sur Europe n°1. Pas loin, Michel Lancelot. Nous sommes en 1969. Et la suite, c'est un grand moment de radio. Une autre radio. Une autre époque. Epique ..

Léo.jpgTu sais, c'était un samedi, je crois. Il faisait très beau. J'allais vers le kiosque à journaux. Celui de cette drôle de place. D'Aix-en-Provence.
Vraiment, il faisait très beau.
Et puis, tu sais quoi, de loin, comme ça, j'aperçois Libération, pleine page, Une qui crevait l'oeil. En noir et blanc. J'me dis, mais c'est quoi ? On dirait - j'te jure, c'est vrai, j'ai pensé ça - une statue grecque. Alors, je m'approche, je veux voir, de près, et là, je le reconnais, d'un coup ; c'était pas une statue grecque, vois-tu, non ! C'était Léo. La gueule de Ferré. Il était mort. C'est pour ça. Qu'il faisait la Une.
Après je sais plus.
J'ai pris l'antenne.
Je voulais pas être là.
Je voulais foutre le camp, tu comprends ?
Voir la mer. Son "balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure".
Je voulais être seul.
Tout seul.
Comme dans cette voiture.
Une R12 TL.
Blanche.
A droite, ma soeur. Devant, au volant, mon père. Et, à la place du mort, ma mère.
Et la radio, France Inter, qui crachait les dernières nouvelles.
Et tout d'un coup, tu sais quoi ?
Les nouvelles se sont tues, et un mec a chanté. Et c'était lui. C'était Léo. Et moi, je m'envole. Je m'en vais. J'suis plus là.  Je regarde les nuages, ils courent, et j'trouve ça beau, moi, petit garçon, de quoi ? 8 ou 9 ans. Cette chanson-là, elle m'emmenait si loin, loin de cette Renault, de ce dimanche un peu triste, elle m'émerveillait, tu comprends, cette chanson. Et puis, soudain, mon père, ma mère, je sais plus, l'un deux a dit :
"Oh, mais il est pénible, lui, à répéter tout le temps, c'est extra, c'est extra, c'est extra .."
Et hop, zou, fini, plus de radio. Plus de Léo. Plus de nuages. Plus rien. La solitude ...

Comme lui, Léo, le Ferré, tu vois, je pensais que "tout le monde, il était musicien". Vraiment, je l'ai pensé. C'est beau, n'est-ce pas, la musique ? Et les mots, qu'on y fout d'ssus. Des mots d'indiens. Des Mohicans. J'aime ça, moi.
Alors tu sais quoi ?
Un jour, demain, me suis-je dit, je l'aurai rien que pour moi, tout en entier, oui, du début, jusqu'à la fin, Ferré, personne pour le couper, personne pour arrêter la course des nuages, et basta ! Quand j'serai grand. Libre. Seul.
Et puis, Aix-en-Provence, un samedi, vlan ! Merde ! J'l'ai raté ! Maudit blues .. A croire qu'on "prend l'bonheur toujours en retard". Et alors, là, sur cette place, la Renault 12 TL blanche, la radio, c'est extra, tout m'est revenu dans la gueule. L'enfance. La solitude. Et tu vois, c'est marrant, j'suis pas de la vierge, j'suis du lion. Ascendant balance. "Qu'on soit de la balance ou du lion/On s'en balance, on est des lions" n'est-ce pas  ? ... Pourquoi j'te dis tout ça ? J'sais pas. Moi aussi, tu vois, j'ai vingt ans. Dans quelques jours.

Or donc Léo Ferré. 1969. Campus, émission mythique d'Europe n°1 (4 avril 1968/8 septembre 1972). Version psy. Avec, bien sûr, Michel Lancelot. C'est une rediffusion Europe 2. Et c'est reparti. Les nuages. La mer. Paris. Les filles. Et cette télé, cette putain, que tu dois éteindre, si tu veux être libre, si tu veux penser, tanguer, avec cette fille qu'a vraiment du chien "de la musique au bas des reins" ...


podcast


Léo Ferré (1916/1993), poète, est né le jour anniversaire d'un massacre (24 août) et mort le jour d'une fête nationale (14 juillet). Pas mal, non, pour un anartiste ?


NB : Pour ceusses qui s'intéressent à l'histoire de la radio, alors je vous invite, à découvrir ce site, où donc, quotidiennement, je chronique, un site nommé : Eldoradio. L'inscription est gratuite [Ici].
Le son, ci-joint, proposé n'est qu'un extrait. Il est beaucoup plus riche et dense sur le site-mère.

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