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07/09/2010

Le Jour Où Je Gagnai Les Elections

Victoire.jpgOn avait compté, recompté, rien à faire, on y était, dedans. Ils étaient 10 et nous 8.
« A moins que … »  dit Laurent.
« Non .. Ça me paraît pas possible, avais-je répondu, il les tient. Personne n’osera aller contre. Ce serait jouer sa place .. »

Jamais je n’y avais pensé. A me présenter. Me faire élire. Délégué du personnel. Seulement voilà, ça bardait pour mon matricule. Incapable de me plier au format, de la fermer, parce que voilà, j’peux pas, c’est pas moi, cette indocilité m’avait attiré la hargne sournoise de celui qui dirigeait la station, petit homme au sourire étrange, pas franc du collier, qu’avait comme dans l’idée de me sortir, quand bien même là-haut, à Paris, j’avais encore quelques soutiens. Ereintés, ceci dit, tant ceux-ci m’invitaient à la « mettre en veilleuse » en attendant, tu verras, des jours meilleurs, mais « s’il te plaît, pour le moment, fais profil bas ! ».


Je promis, mais ne tins pas. Ce qui fit le bonheur mesquin du petit homme qui me colla dans les pattes un servile-en-chef, véritable sangsue notant scrupuleusement toute intervention dérogeant aux sacro-saintes règles d’animation. Je pris une lettre d’avertissement pour des peccadilles. Lettre suivie d’une sanction : de la semaine l’on me relégua avec délice au week-end tout en m’octroyant une tâche supplémentaire : établir une base de données sur la chanson française et ses interprètes afin de nourrir les « micros » des animateurs. Mais là encore, la charte était stricte. Point de fantaisie permise, ni la moindre touche personnelle.
Je m’y résignai sans joie, mais assez vite, glissai ici ou là, un peu d’humour, de dérision, enfin de quoi égayer mon rédactionnel, mais aussi, l’équipe qui le consultait.
Et vlan, me parvenait une seconde lettre, avec en sus, des propos que j’aurais tenus sur une éventuelle prime de fin d’année, et bien qu’ils fussent au second, voire au troisième degré, peu importait, tout était bon pour me confondre.
Or donc, l’heure était grave. Avec ces deux lettres, j’étais près de la porte.

Sauf que, ayant recruté, commerciaux, animateurs, l’entreprise Onde Latine avait dépassé le seuil des 15 salariés. Il lui fallait un délégué du personnel.
Oh, moi je ne savais pas, il aura fallu qu’on m’affranchisse, mes collègues-amis, fidèles, m’apprirent qu’élu je devenais « salarié protégé pendant deux ans » et même « six mois au-delà de ce mandat ». Et c’est eux qui me poussèrent à me présenter, m’assurant de leur vote.
La porte s’éloignait …
Oui mais, le petit homme avait plus d’un tour dans son sac de vipères. Quand il vit que je concourrais, et surtout, que j’étais seul en lice, il ourdit et convainquit une commerciale, pas méchante au demeurant, loin s’en faut, mais soucieuse de ne point perdre son emploi, de se présenter contre moi.

Et donc, nous avions fait les comptes, à l’endroit, à l’envers, mais rien à faire, elle obtiendrait 10 voix et moi 8, c’était clair et net, c’était perdu.
La porte se rapprochait.

Le jour du scrutin, je ne montrai rien, arborant un sourire éclatant, tandis que le petit homme, lui, savourait déjà sa victoire ! Ça suintait de ses yeux, il jouissait avant l’heure.
Nous avions la journée pour voter, et c’est en milieu d’après-midi, je crois, que l’on passât au dépouillage. Les voix, anonymes, tombaient les unes après les autres. Jusqu’à ce qu’il ne restât que deux bulletins. Nous en étions à 8 partout.
Nous retenions notre respiration, espérant un miracle. Et il survint. Le bulletin suivant était pour moi. Le dernier pour ma concurrente ! Neuf partout. Difficile d’oublier ce moment, incroyable, cet imprévisible et la mine déconfite du petit homme. Qui ? Qui avait osé aller contre sa volonté ? Qui l’avait trahi ? Et quel était ce salarié qui m’avait à la bonne, sans jamais me l’avoir dit, sans doute par peur des conséquences ? Ce ne pouvait être qu’un(e) commercial(e) ou une secrétaire, car du côté des animateurs et techniciens, à l’exception du servile-en-chef, nous avions, sûr, fait le plein de voix.

Mais quelle était la procédure dans ce cas, celui d’égalité ? Fallait-il revoter ?

Le petit homme passa un coup de téléphone à qui de droit. Comme il avait laissé la porte de son bureau grande ouverte, nous entendions chacun de ses mots et interrogations.

«  Oui .. Le plus ?  .. Le plus ancien, dites-vous ! »

Ah, ce sourire ! Un carnassier ! Tu penses ! Le plus ancien ! Mais c’était elle, et pas moi ! Oui, elle était dans la « boîte » depuis plus longtemps. Je repassais dans le camp des perdants.
Alors ce miracle, ce retournement de situation n’aurait servi à rien ? C’était trop bête !

« Comment ? … Ah bon … [le visage du petit homme se rembrunit] .. Ah d’accord .. Non, parce que ce n’est pas ce que j’avais .. Oui .. Le plus ancien par l’âge .. Bien … »

Il raccrocha. Marqua un temps de silence, tortillant ses lèvres puis, enfin, demanda nos dates de naissances respectives.
Je la battais de quelques mois.
Nous avions gagné !
Il y eut des cris de joie vite réprimés, histoire de ne pas en rajouter, mais les regards, eux, en disaient longs.
A contrecœur, il me félicita devant tout le personnel, puis tournant les talons, s’enferma dans son bureau.
Je venais de gagner deux ans et demi de répit.
La fête fut à la hauteur de cette improbable victoire.

Deux ans plus tard, il prit sa revanche, le petit homme. Vicieusement.
Un jour, peut-être, le raconterai-je …


Titre-bonus Banzaï !

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