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10/08/2010

Un Grand Moment De Solitude

Philippe Sage, Ariane FM.jpgCrézin, c’est même pas un patelin. C’est cinq ou six maisons transpercées par une départementale.
Crézin c’est en Haute-Vienne, tristement posé entre Limoges et Feytiat. C’est là qu'elle était, Ariane FM. Celle qui, un jour de Toussaint 1986, basculera Fun Radio.
Ses locaux jouxtaient un bar-restaurant-presse. Pratique pour s’envoyer cafés et sandwiches, aussi quelques bières.
En face, deux bicoques, une autre route, grise, que je n’ai jamais prise.


Je ne sais comment je me suis retrouvé aux « matinales ». Sans doute, parce que personne d’autre ne voulait les faire. C’est que, dis, se lever à 4 heures, c’est déjà pas une partie de plaisir, mais si, en plus, tu dois te coltiner du bitume pour atterrir dans un endroit comme celui-là, morne, désert, tu fais comme qui dirait marche arrière.
Moi, débutant dans ce « métier » ça ne me posait pas le moindre problème. Bien au contraire ! J’ai toujours aimé ça, la nuit qui s’en va, doucement, la rosée, un petit vent frisquet, ça vous saisit, d’un coup, c’est pas mal … Et puis, la radio, dès potron-minet, j’aime bien ! Ouvrir l’antenne. Voir, petit à petit, le jour se lever … Avec celle de la nuit, c’est bien la radio que je préfère.
Mais de nuits, sur Ariane FM, il n’y avait pas. C’était une bande qui tournait. Et d’assez mauvaise qualité. Une bande de six ou huit heures que l’animateur du soir enclenchait avant de fermer la « boutique ». Oui, je dis bien la « boutique » même si j’abhorre ce terme quand on le colle à une station radiophonique, sauf que, concernant Ariane FM ça n’est pas inadéquat, dans la mesure où, en la quittant, nous tirions un rideau de fer. Plus précisément des grilles, imposantes et aussi grises que la petite route d’en face. Bref, comme si ce fut une boutique de fringues ou de souvenirs.

Or, donc, ce matin-là, je délivrais l’entrée de son carcan de fer et de cadenas, montais à l’étage où se trouvaient le studio d’antenne et la discothèque remplie de 45 et de 33 tours numérotés, épinglés, classés.
Ce devait être en septembre de l’année 1986.
Déjà, oui, il y avait une programmation bien précise, des écrans publicitaires, des règles d’antenne. Déjà, oui, tout était formaté. Adieu mes pirates et autres radios libres ! Finis l’insouciance, le rêve, la folie ! Place aux radios des marchands, des bonimenteurs, voire, des imposteurs … Mais ça, à l’époque, je ne le savais pas ! Je marchais dans la combine, à fond la caisse, sans me douter de ce qui se tramait. J’étais juste jeune et avais envie de bouffer du micro.

Bref.

Je prenais l’antenne à six heures. Il me restait dix minutes. Je calais le premier disque sur la platine. Un Donna Summer. Avec une bonne intro. De celle qui vous permet de placer un micro. Alors je m’entraînais. J’envoyais le disque en mode pré-écoute afin qu’il ne passe pas réellement à l’antenne, et causais dessus. Puis recommençais. Six, sept, huit fois, peut-être. Avec quelques ratés occasionnant des « Merde ! » des « Putain, mais c’est pas vrai ! » ou des « Quel con, c’est pas possible ! » … Mais bon, je finissais par trouver un ton, des mots, et comme de bien entendu, je m’arrêtais pile au moment où Donna Summer commençait à chanter ; c’était parfait ! … Content, je calais définitivement le disque à son début, enlevais mon casque, et là : le vide ! … Pas un son ! … Rien ! … Je me dis que la bande de nuit, trop courte, a dû s’arrêter, depuis combien de temps, ça je ne sais pas, mais, vite, il faut réagir, c’est qu’il n’y a plus rien à l’antenne-là ! … Je reprends mon casque, m’apprête à m’en coiffer quand enfin je le vois, le problème … Il est rouge clair … Bien enfoncé dans sa tranche. Celle du micro. Et c’est pour ça qu’il n’y a pas le moindre son ! La bande ne s’est jamais arrêtée, elle tourne encore ! C’est juste que, quand tu l’ouvres, le micro, ça coupe tout … Ah bon sang ! Oh non ! C’est pas vrai ! … Mais alors pendant ces huit minutes, j’ai réellement parlé à l’antenne ! En direct ! Sur la bande ! Et, si ça se trouve, on m’a entendu avec mes « merde » mes « putain » et mes « quel con ! » ! … Non ! … Non, on m’a pas entendu ! A cette heure-là, y’a personne ! … Hein ? … Ils dorment, les gens, là ! ..

Vrai, j’étais anéanti, mais complètement ! Pour le coup, là, oui, je passais vraiment pour un con ! Mais que faire, maintenant ? Changer de disque ? Improviser ? … Non ! … Ah non, je sais pas, moi, improviser ! … Tant pis ! … Allez ! … On y va …
Je ne me démontais pas, essayais d’oublier ce qui venait de se passer, cette tragédie totale, et, à six heures, comme prévu, j’envoyais le Donna Summer, et en direct, balançais mots pour mots, à la virgule près, ce que j’avais répété et rabâché à l’antenne quelques minutes auparavant.

Si des auditeurs étaient présents ce matin-là, ils ont dû se demander quel était ce type qu’était au micro. Ce fou. Ce débile. Mais d’où il sort, ce mec ?
Ah ça, c’est certain !
Moi, tout ce que je sais, c’est que j’ai vécu ce qu’on appelle : un (très) grand moment de solitude !

Commentaires

Comme si on y était... J'aurais aimé connaître cette époque et cet univers radiophonique.
Depuis le temps que cette mésaventure doit te poursuivre, ça y est elle est sortie ! :D

Écrit par : Bernard | 11/08/2010

Marrant ça, j'ai fait de la radio aussi, quand les radios libres ont été autorisées, vers 85... J'étais ado, c'était juste avant les pubs, les déclarations à la Sacem et tout ce formatage dont tu parles.
Je ne répétais rien. En première partie, je racontais simplement des histoires que j'avais lues auparavant, des résumés de bouquins en quelque sorte, entre deux disques que je choisissais la plupart du temps au hasard et au fur et à mesure, selon l'humeur.
En 2e partie, je recevais d'autres ados, des copains de lycée, et nous débattions des sujets du moment qui nous préoccupaient, parfois sérieusement, souvent de façon tout à fait anarchiste et loufoque — j'ai des souvenirs de grands délires et de totale complicité tant avec mes potes qu'avec les propriétaires de la radio en question. On ne se souciait absolument pas de qui nous écoutait ni de l'impact que cela pouvait avoir ou pas.
Mes seuls "moments de solitude", c'est quand le bras du tourne-disque ripait sur le tapis en caoutchouc de la platine au lieu de se poser sur le disque parce que, secoué de rire, j'avais été un peu trop brusque. J'avais alors un petit pincement au cœur qui me signifiait que je n'étais décidément pas pro du tout ^^

Écrit par : deef | 12/08/2010

Bonjour,

Ayant habité à Limoges pendant 20 ans, je me souviens très bien d'Ariane FM que j'écoutais comme beaucoup d'ado à l'époque. Je connaissais également les studios puisque j'y connaissais Chris et Lionel. Moi la Radio ça a commencé plus modestement en 1986 sur HPS radio puis Kiss (Limoges) puis Metropolys (limoges) puis enfin Porcelaine avec Gérard Bourzat. Moi j'étais un petit animateur bénévole mais qui rêvait de cette bande FM de ce monde qui se professionnalisait. J'écoutais également Patrick sur Porcelaine puis NRJ ainsi que d'autres animateurs dont j'ai perdu le nom. J'adorerais avoir des archives sonores de cette époque, mais on réenregistrait sans cesse sur nos K7. Tout ce que j'ai pu je l'ai mis sur scoop (la mémoire de la FM). Des jingles de Porcelaine, d'HPS de Kiss fm mais rien sur Ariane FM... Vraiment dommage. Alors sois sympa, je suis sûr que tu possèdes quelques bandes de l'époque, de toi ou d'autres... Je comprends que le professionnel que tu es devenu a mal aux oreilles d'entendre son apprentissage mais sa peut faire du bien à tellement de gens.. Un bonheur simple pour l'adulte que je suis.
J'ai récemment retrouvé le fameux Patrick Fleury de Porcelaine et NRJ, il m'a dit qu'un jour il s'en occuperait.... Allez sois sympas frappe le premier!!!
D'avance merci.

Écrit par : LEDOUX stephane | 07/04/2012

Bonjour Stéphane !

Malheureusement, non, je n'ai pas de K7 d'Ariane FM. J'aimerais bien, mais à l'occasion de mes nombreux déménagements, j'ai perdu énormément de documents.

Tout ce que j'ai c'est une K7 de Fun Paris, des DAT d'Onde Latine, des archives sur CD de Sud Radio et Wit FM, et des piges sur USB de Toulouse FM. Il me semble que quelque part, je dois encore avoir des bandes de Fun Paris avec dessus le fameux collant bleu. Et encore, là itou, j'ai paumé des tas de documents.

Je vais numériser tout ce qui n'a pas été fait, petit à petit, et les mettre en ligne (mais pas avant l'été 2012).
Ainsi que les titres de 42ème Rue (je dois faire l'emplette d'un appareil qui numérise les K7 sans trop de perte de qualité sonore). Il est possible que j'ouvre un site entièrement consacré à 42ème Rue avec outre les sons, pas mal de photos (malheureusement, là aussi, j'ai beaucoup perdu d’éléments, comme les vidéos et les coupures de presse...)

Cela dit, si des anciens d'Ariane passaient par ici (Chris, Lionel, etc.) peut-être ont-ils, eux, dans un grenier ou une cave, des archives sonores. Auquel cas, ils sont les bienvenus.

Merci pour ton commentaire !

Cordialement.

Écrit par : Philippe Sage | 08/04/2012

Merci pour ta réponse. en cadeau le lien où j'ai retrouvé ta trace...
Cordialement
http://www.radioactu.com/la/viewtopic.php?id=19606&p=2

Écrit par : LEDOUX stephane | 20/04/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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